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Vers l'indépendance (1940-1956)

Le mouvement vers l’indépendance du Maroc trouve son origine dans les toutes premières mesures arrêtées par la Résidence générale : en septembre 1914, Lyautey fit adopter un Dahir destiné à «protéger les coutumes berbères», prélude à ce que sera le fameux «dahir berbère» du 16 mai 1930, que les marocains ressentirent comme une atteinte à l’unité du pays. Cette loi, en effet, soustrayait les populations berbères à l’autorité des tribunaux du pays pour les placer directement sous juridiction française.

Il s’ensuivit une mobilisation sans précédent, et la naissance en 1934 du premier parti politique marocain, l’Action Marocaine, cofondé par Mohammed El Ouazzani et Allal El Fassi. Le mouvement de revendication de l’indépendance n’allait dès lors plus s’arrêter, jalonné d’épisodes sanglants (mars 1945 à Fès, avril 1947 à Casablanca, août 1953 à Rabat, Salé, Oujda , Fès, etc.). Mais aussi de dates historiques, comme la mort du grand Lyautey en 1934, la visite du Sultan Mohammed Ben Youssef à Tanger et le célèbre discours réclamant l’indépendance, la déposition de ce même Sultan héros de son peuple le 20 août 1953 et son retour triomphal en tant que glorieux Roi, porteur de la nouvelle tant attendue : l'Indépendance, annoncée et acceptée par la France le 7 mars 1956.

Les livres d’Histoire sont remplis de relations et de savantes exégèses sur tous ces événements, et notre modeste contribution ne peut aller au delà de quelques apports en documents et photos d’époque, présentés souvent dans l’esprit anecdotique et sans prétention qui caractérise, du moins le souhaitons nous, le site MarocAntan.

La modernisation (1912-1940)

Lorsqu’on évoque «les relations particulières de la France et du Maroc», on aurait tort de mettre la formule sur le compte de la sémantique protocolaire ou des incantations précédant ou suivant les signatures de conventions bilatérales. La France en effet, en à peine quatre décennies de présence, a profondément marqué le Maroc de son empreinte.

Et si, au moment où le pays fête ses 50 ans d’indépendance, les liens avec l’ancienne puissance occupante sont toujours aussi forts, il faut s’interroger sur ce miracle qui a permis une indépendance sans violence, un renforcement continu des liens économiques, une omniprésence de la langue et de la culture françaises : Paris est plus que jamais la banlieue de Rabat (et de plus en plus, Marrakech est la proche banlieue de Paris…).

Les bases de cette pérennité ont été jetées par le Maréchal Lyautey, qui dès son arrivée au Maroc a tenu à placer son action sous le double signe de la protection des traditions marocaines et du nécessaire développement du pays. Et quand on admire aujourd’hui les grandes jetées des ports, le magistral développement de Casablanca entre 1915 et 1935, la naissance de cités nouvelles (les Habous) ou la belle harmonie de Rabat, il faut se souvenir et rendre hommage à «Lyautey le Marocain» et à tous ceux qui croyaient en sa mission de sauvegarde de ce que le Maroc avait d’ unique : sa culture.

Il faut, certes, se garder de tout angélisme. Lyautey était bien un adepte de la colonisation, soucieux d’abord des intérêts de son pays, et jaloux de ses prérogatives de proconsul. Mais le réel humanisme et la profonde noblesse de celui qui a représenté pour nombre de marocains «le meilleur de la France» ont servi heureusement et durablement la réelle amitié entre les deux peuples. Et si l’ on est  tenté de faire la moue, qu’on se souvienne (pour ceux qui n’ ont pas oublié) de Guillaume, Juin ou encore du Boniface de sinistre mémoire.

Il est difficile de faire le tour de toutes les réalisations de la période 1915-1935. Il suffit pour s’en faire une idée assez large de savoir que la ville de Casablanca est considérée encore aujourd’hui comme un «musée vivant de l’architecture Art Déco».

Nous vous laissons découvrir (ou redécouvrir) certains lieux, des bâtiments aussi, dont certains aujourd’hui disparus (le théâtre de Casablanca, par exemple) et des ouvrages d’art ou des villes nouvelles qui portent témoignage de la modernisation rapide du Maroc pendant cette courte période.

La conquête (1910-1930)

Après ce qu’on a appelé «les événements de Casablanca», l’occupation de la Chaouia provoqua une réaction immédiate de l’Espagne, qui s’installa dans le Rif.

A Fès, Moulay Abdelaziz céda le trône à son frère Moulay Hafid, qui, face à la dissidence des tribus et aux pressions des créanciers du Maroc, représentés par la Banque de Paris et des Pays Bas, finit par demander officiellement, le 4 mai 1911, l’appui de la France. Celle-ci occupa les villes de Fès, Meknès et Rabat. Passé l’incident du croiseur allemand Panther à Agadir, elle put enfin faire signer son Traité du Protectorat, le 30 mars 1912. Lyautey arriva au Maroc en qualité de Résident général. La voie semblait ouverte vers une rapide «pacification» : celle-ci allait durer plus de 20 ans.

Toute cette période a été marquée par des opérations militaires d’une grande ampleur. Des colonnes parties vers Fès, Taza, Khénifra ou Marrakech se frayèrent un chemin dans le bled en improvisant routes et ponts de fortune, au fur et à mesure de leur difficile progression.

Pendant ce temps Espagne et France conjuguaient leurs efforts pour tenter de faire barrage dans le Rif au grand Abdelkrim. L’Emir mena une résistance héroïque, créa même une République du Rif (voir la rubrique Billets de banque anciens) et ne déposa les armes qu’après avoir infligé des pertes énormes à l’ennemi , après l'avoir forcé à mobiliser une armée de prés de 400.000 hommes.

Nous vous proposerons de suivre tous ces événements, sur les traces des troupes en mouvement, et à travers les nombreuses péripéties qui ont marqué la conquête du Maroc.

L'entrée de la France au Maroc

La signature de l’Acte d’Algésiras en 1906 a provoqué une levée de boucliers générale à travers le Maroc. Les élites lettrées de Fès comme les tribus toujours dissidentes du Tadla, des plaines de la Chaouia ou du sud berbère accueillirent ce traité comme une véritable déclaration de guerre à l’Islam et au Maroc en tant que nation.

Le lancement de la construction d’un modeste tronçon de chemin de fer à Casablanca, partant de la darse d’un port alors quasi inexistant vers la route de Rabat, allait mettre le feu aux poudres. La traversée du cimetière jouxtant le mausolée de Sidi Belyout enflamma les habitants de la Chaouia : une attaque se solda par la mort de sept ouvriers portugais et espagnols travaillant au chantier de la société Schneider. La France mit à profit l’incident pour faire intervenir sa marine de guerre déjà prête : des bombardements intenses précédèrent le débarquement des troupes dans une ville assiégée par les tribus, à moitié détruite par les obus et jonchée d’innombrables cadavres d’animaux et d’humains confondus.

Une large documentation atteste de la férocité de combats qui firent des victimes de part et d’autre. Montrer ces images, qui appartiennent désormais à l’histoire et sont dues pour l’essentiel à des photographes de l’armée française, ne suppose de notre part aucun a priori.

Nous n’avons aucune prétention à faire œuvre d’historien (ce n’est pas la vocation de MarocAntan). Ces images, comme celles plus exaltantes de la construction de ports ou de dispensaires dans des campagnes terriblement dépourvues, sont là pour écarter toute tentation manichéenne dans les jugements souvent très hâtifs ou passionnés, sur la présence française au Maroc.

Le Maroc d'avant 1900

Le Maroc a résisté pendant très longtemps à l'intrusion étrangère. Empire de « l’occident extrême », il était de tout temps ouvert au monde extérieur, mais fermé à tout ce qui pouvait constituer une menace pour son ordre politique et social. La présence étrangère n’a ainsi jamais pu, jusqu’à la fin du XIXème siècle, pénétrer au delà de quelques comptoirs côtiers.

Quant Eugène Delacroix entama son voyage au Maroc en 1828, il put ainsi peindre des scènes d’un autre âge et des personnages qu’on croyait appartenir au temps du grand Moulay Ismaïl.

Ce voyage historique a donné au monde les premiers éléments crédibles sur le Maroc, sa Cour, ses populations si diverses et ses traditions séculaires.

L‘acte d’Algésiras de 1906 a précédé la mise sous tutelle de l’Empire en 1912, mais on trouve dès le milieu du XIXème siècle une iconographique intéressante, mettant en scène personnages (souvent des notables) et sites pittoresques. La passion du Sultan Moulay Abdelaziz pour la photographie a attiré au Maroc quelques grands professionnels de cet art alors nouveau : Gabriel Veyre, arrivé en 1901 pour initier le jeune roi aux mystères de la chambre noire, a parcouru le pays de long en large, laissant à la postérité un très riche ensemble de clichés d’un grand intérêt, en particulier pour les us et coutumes à la cour de l’empire chérifien.

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