Étymologiquement, le souk est un mot arabe qui signifie marché traditionnel. C'est un emplacement, sans bâtiment, où, à jour fixe, tous les gens de la tribu viennent apporter leurs denrées et leurs troupeaux pour les vendre ou les échanger. Le souk se tient alternativement dans chaque tribu et prend le nom du jour de sa tenue. Cette périodicité est liée à un certain nomadisme des commerçants, qui, allant d'un souk à l'autre, font le tour de la clientèle, d'étape en étape, du souk du lundi au souk du dimanche.
Pour éviter les confusions, il est bien nécessaire de spécifier la tribu ou la fraction sur le territoire de laquelle se tient le souk. On distingue de cette manière entre souk Kmiss Talaouete et souk Khmiss El Fokra ouled Abdallah ; entre souk Larbaa d'ouled Ghoufir et souk Larabaa d'ouled Hajjaj, et ainsi de suite.
D'ordinaire, le souk se tient aux premières heures de la journée. Il bat son plein de 8 à 10 heures et se termine vers midi. On dirait une ville de tentes, qui s'élève le matin pour disparaître à midi. En dehors ces horaires, l'endroit, fréquenté par quelques chiens errants, ressemble à un désert.
L'opinion publique d'antan juge défavorablement toute personne qui ne se rend pas au souk et reste dans son douar. De par la coutume, tout hrizi est tenu d'acheter au souk, ne fût-ce qu'un poulet ou des bonbons de la magana pour les gosses. Honte à celui qui laisse passer un souk sans faire les achats de viande, dite lhaymate latnine. Le soir, à sa rentrée au douar, il sera salué de plaisanterie, sa femme surtout cherchera querelle.
Sur le plan institutionnel, le monopole du souk est un des privilèges les plus anciens du makhzen. Dans la pureté des usages de ce dernier, aucune transaction ne doit se passer en dehors des lieux publics consacrés à cet effet, et les infractions à cette règle sont sévèrement réprimées. Il s'ensuit qu'il est interdit aux particuliers d'ouvrir ou de tenir des marchés clandestins, sous peine de saisie ou de séquestre.
A l'aube du siècle passé, on recensait sept marchés ruraux sur le territoire de la tribu ouled Hriz, à savoir : Souk Tnine Fokra ouled Allal ; Larbaa d' ouled Hajjaj Etirss ; Larbaa d'ouled Ghoufir Dhiab ; Khmiss El Fokra ouled Abdallah ; Khmiss de Taalaouete ; Jemaa de Riah ; Sebt Laassilate ouled Hajjaj Sahel.
Ces souks sont loin d'avoir la même importance. A l'exception du souk du lundi, qui est un véritable centre d'affaire, à rayon large, les autres souks ont une portée locale limitée. La perception des droits de marché, concernant ces souks, est mise en adjudication tous les mois, mais seuls les habitants d'ouled hriz peuvent être adjudicataires. Au cours de l'année 1911, les montants des adjudications du Souk Tnine ont dépassé 650 rials par mois durant la saison d'été. Ils ont oscillé entre 420 et 500 rials par mois dans le reste de l'année. Concernant les autres souks, les montants des adjudications se situent entre 125 et 155 rials par mois pour Jmaa Riah ; entre 85 et 125 rials par mois pour Khmiss Talaouete ; entre 60 et 130 rials par mois pour Khmiss El Fokra ouled Abdellah, etc.
Le souk du lundi est un point stratégique dans lequel se traitent de fortes transactions des céréales et autres grains d'exportation, en plus des ventes et achats d'animaux et de laines. Son activité entraîne l'afflux des courtiers de Casablanca et le déplacement des gens de toute la tribu et des tribus voisines, telles que les ouled Ziane ; Mdakra ; ouled Said ; Mediouna ; Mzab ; Mzamza ; Soualem, etc.
On trouve tout, dans le souk du lundi, depuis les cotonnades colportés par les Juifs jusqu'aux dattes de Marrakech ; les oranges de Rabat, les raisins de Doukkala ; le bois de Mdakra ; le charbon de Soualem ; la poterie cuite chez les Nouasseur... On y trouve, près de l'indispensable barbier : le forgeron et son atelier portatif ; le vannier qui vend les selles de mulets et les paniers en alfa; les bouchers qui débitent, par petits tas, la viande abattue en plein air, au milieu du souk ; le médecin forum, moul el fettacha, qui traite la constipation provoquée par l'ingestion des figues de barbarie, en se servant d'une seringue constituée par une peau de bouc avec un ajutage en roseau, etc.
Les guitounes, alignées au souk, sont formées de morceaux de toiles rapiécés et montés sur trois perches déposées en TT. Devant leur étalage, roule, en permanence, un flot de burnous de tous les spécimens, depuis l'étoffe en drap fin des gens fortunés jusqu'aux tas de loques sordides des miséreux qui exhalent une odeur où se mêlent relents de couscous et sueur.
Dans cette cohue, on s'écrase, on s'entasse et il émerge un brouhaha indescriptible ; cris, jurons, appels plus ou moins grossiers. Le prophète Sidna Mohamad a vu juste en disant ce hadith : "L'endroit le plus adoré par Dieu est la mosquée ; le lieu le plus maudit de Dieu est le souk".
Note du ouèbe-maistre : Si Tahir Jillali nous livre une évocation vivante et documentée des souks traditionnels. Et en plus, il met à notre disposition de belles photos ! Qu'il en soit remercié.





































Commentaires