Radioscopie d'une relecture de la petite histoire de la ville d'Ifrane
L’architecture du centre et son tissu urbain
En France, les plans d’aménagement qui prévalaient entre les deux guerres se caractérisaient par le principe de zone. C’est l’époque dominée par le style de l’architecte Michel Ecochard (1905-1985). Cette influence va s’élargir à partir de 1946, année où il fut nommé responsable de charge l’urbanisme au Maroc.
La conception du tissu urbain d’Ifrane n’échappera à ce courant comme l’écrit si bien René H. Henry (op.cit) : "J’ai eu dans les derniers temps l’avantage d’avoir une certaine responsabilité dans l’architecture puisque j’ai dessiné, en tant que collaborateur de l’architecte Guignard ou en tant qu’architecte moi-même de nombreux édifices, aérogare, colonies de vacances, groupe scolaires et combien de villas…au toit à 60° imposé par le règlement Ecochard". De l’avis de tous les "anciens", la notoriété de l’architecte Guignard demeure aussi présente que par le passé.
La philosophie lyautéenne n’est pas pour autant oubliée, cette logique qui prend en compte les différences culturelles entre les populations marocaines et européennes où l’on "distingue nettement la cité-jardin destinée aux européens et la "cité indigène" réservée aux ouvriers marocains." (Daniel Pinson.- Maroc : un habitat "occidentalisé" subverti par la "tradition", in Monde Arabe, Maghreb-Machrek, n°143 premier trimestre 1994.)
Dans le cas d’Ifrane, le plan d’aménagement se caractérisait par trois zones : une zone résidentielle pour les européens dont un lotissement pour notables, une zone d’habitations pour ouvriers indigènes attenante à une troisième qualifiée d'industrielle et artisanale.
Vu sa situation géographique, le Centre d’estivage d’Ifrane va subir l’influence de l’architecture de montagnes. "Chaque villa porte en elle un nombre non négligeable de caractéristiques. Des toitures, à tuiles rouges, nous pouvons avancer certaines hypothèses notamment celles qui concernent leurs pentes. En effet ces dernières varient de l’angle obtus à l’angle aigu en passant par l’angle droit. Ces inclinaisons rappellent ainsi l’évolution de l’architecture des constructions en France du sud au nord, autrement dit de la Côte d’Azur à la Manche [….] Par un sentiment manifeste de nostalgie, chaque Français voulait ainsi transposer le mode d’habitation de son pays d’origine et mémoriser par la même occasion son passage". (Mohamed El Aouene, in L’opinion du 29 novembre 2002.). Ainsi, on passe du basque au normand, du savoyard à l’alsacien ; etc.
Sur cette diversité, l’avis du Service des Beaux Arts a été, dès le mois d’août 1930, plus que clair. Selon cet avis cette diversité "produit le plus heureux effet" aussi bien pour la teinte des murs que la couleur des tuiles. Et le goût individuel serait ainsi respecté. Toutefois il nous a été donné de constater que cette liberté a parfois entraîné des contrastes désagréables à la vue. Le bâtiment abritant aujourd’hui les Services administratifs de la Municipalité ou des villas se trouvant à côté du siège de
la Gendarmerie royale peuvent être cités à titre d’exemple.
Si le règlement initial de voirie de 1931 prévoyait certaines prérogatives notamment au niveau de la maçonnerie, de la pente des toitures, de la coloration des façades et des tuiles, il n’en demeure pas moins que ce règlement n’a jamais été appliqué avec rigueur. Toutefois à partir du 23 mars 1943 toutes les constructions ont été soumises à l’unité d’un ordonnancement architectural.
Le problème qui restait toujours en suspens était celui de la couleur des tuiles et des inclinaisons des toitures qui ne devraient pas dépasser 45° et recouvertes obligatoirement de tuiles vertes. La rareté de ce matériau et la difficulté de son entretien ont fait que ces prescriptions n’ont jamais été, véritablement, mises en application. En effet la tuile verte de nature gélive ne peut pas supporter le dur verglas du Moyen Atlas et c’es ainsi que la tuile rouge voire la brune, va, peu à peu, dominer le ciel d’Ifrane dans une frondaison luxuriante. Le rêve de Jean Jacques Rousseau n’aurait-il pas été réalisé à Ifrane ? En effet il écrivait : "… je préférerais magnifiquement […] la tuile parce qu’elle est plus propre plus gaie…" (Pour les anciens, cf. récitation : Si j’étais riche…).
En dépit de cette agitation notons au passage que les constructions de l’époque étaient d’une facture très simple, secret de ce charme qui subsiste toujours. L’influence des grands architectes tels que Mies Van der Rohe (villa Tugendhat à Berne, 1930) ou Le Corbusier (villa Savoye à Poissy, 1931) ne serait-elle pas pour quelque chose ? "…C'est à dire avec des formes extrêmement simples combinant souplesse et rigueur géométrique, des dégagements de larges surfaces, […] , privilégiant la transparence à la fois entre intérieur et extérieur (par de larges baies ouvertes sur le jardin et le soleil). […] Ces maisons sont également caractérisées par l'absence d'éléments décoratifs, les matériaux brut ou enduits s'y substituant, conformément aux thèses du "mouvement moderne"."
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