Radioscopie d'une relecture de la petite histoire de la ville d'Ifrane
L’accroissement du centre d’estivage
Alors que les travaux battaient leur plein : montages surtout de chalets voire de tentes qui abriteront d’abord des locaux administratifs, René H. Henry écrira (op.cit) que "les premiers chalets de bois furent montés sur des soubassements de béton par des équipes d’Allemands, au titre, comme on le sait, des réparations de la guerre 14-18".
Signalons au passage que la première construction en dur fut celle de l’hôtel Balima. En effet c’est à partir de juillet 1929 que des camions de la société du même nom se succèderont chargés de matériaux s’arrêteront à l’emplacement du futur bâtiment. Suivis immédiatement par ceux qui fourniront au Casino d’Ifrane et à l’Hôtel du Parc le matériel et les matériaux nécessaires. Ces trois bâtisses ont aujourd’hui disparu au profit d’autres projets. La centrale électrique, Dar ed-Dou comme on dit chez nous, fut simultanément construite à la même époque. De nombreux édifices vont suivre : écoles, bâtiments de colonies de vacances, villas, etc.
Il n’y a aucune ombre de doute que la ville d’Ifrane est tributaire pour beaucoup dans sa croissance rapide d'Erick Labonne. C’est grâce aux mesures exceptionnelles que celui-ci avaient engagées que la ville a progressé dans un temps record et a pu accueillir une population de plus en plus importante dès l’été 1929.
Mais à partir de 1937, des réticences commençaient à faire surface du genre que "… l’Etat ayant déployé à Ifrane un effort considérable, ayant investi dans cette station d’énormes capitaux, a atteint ainsi le but particulier qu’il s’était assigné et qu’il lui appartient désormais de se replier dans sa mission ordinaire de justice, de police, et d’ordre pour laisser place à l’initiative privée…"
La Deuxième Guerre Mondiale viendra certes freiner quelque peu cette ferveur. Certains projets resteront dans l’ombre mais pas pour longtemps. C’est le cas du réseau des égouts, du camping des lotissements dits de notables, d’ouvriers et d’artisans. Josette Henry-Giorgi, ancienne institutrice à Ifrane écrira à ce propos : "Arrivèrent les années quarante. De l’incendie qui ravagea l’Europe, ne nous parviennent que des cendres. La vie du village en fut ralentie, devint celle d’une ruche malade." (Henry-Giorgi, Josette.- Les cytises de Jaba : retour en mon pays berbère.- p.34 [ouvrage inédit]).
Sans vouloir froisser la sensibilité de quiconque, Ifrane a, quand même, tiré parti de cette guerre. Le malheur de la France a fait le bonheur d’Ifrane, dirons nous par extension. Le Centre d’estivage a, en effet, profité de cette agitation qui secouait l’Europe entière, soit 1939-1940. Si le rythme du développement de la contrée s’était vu accéléré, c’était surtout grâce à un nombre non négligeable de petits capitalistes qui s’étaient rués pour investir, surtout dans l’immobilier. C’était là un moyen sûr pour mettre à l’abri leur bourse. En dépit des difficultés de transport entre le Maroc et la Métropole et la rareté des matériaux, les constructions allaient bon train et continuaient sans répit.
Comme le dit si bien la chanson de Pierre Perret "Les jolies colonies de vacances / Merci papa, merci maman / Tous les ans, je voudrais que ça r’commence", des milliers d’enfants provenant de différents coins du Maroc, vont se succéder pour revigorer leur force après une année de labeur. Le débarquement de 1942 va encore faire d’Ifrane un centre privilégié de repos. Réfugiés de Dakar ou malades évacués des colonies lointaines ou encore militaires en convalescence seront les hôtes de ces bâtiments de colonies de vacances : des cheminots, des phosphates, de la Marine, etc.
<< Histoire de la ville d'Ifrane (5) | Histoire de la ville d'Ifrane (7) >>







































Commentaires