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Les goums : de Berrechid à l'Indochine

Maroc-Berrechid-goumier

La France avait envisagé toutes les voies de pénétration virtuelles avant d'autoriser le débarquement de ses troupes militaires au Maroc.

Alors que certains s'attendaient à une infiltration terrestre, du côté de la frontière maroco-algérienne, les événements de juillet 1907 avaient servi la pénétration maritime à partir du port de Casablanca. Pour venger ses ressortissants égorgés par les tribus des alentours, la France avait mis à terre, dans ce port difficile d'accès, un corps de débarquement sous les ordres du Général Drude.

Les opérations militaires programmées avaient suivi deux phases : la première, comprise entre le mois d'août 1907 et le mois de janvier 1908, était dirigée par le Général Drude qui cherchait à débloquer la ville et à purger sa banlieue des éléments qui prônaient le Jihad. Dans la seconde phase, le programme des opérations, sous la direction du Général d'Amade, visait par bonds successifs l'ensemble des tribus de la Chaouia, en dissidence, qui finirent par demander l'aman et sacrifièrent au rite de la targuiba (égorgement d'un taureau).

La ville de Casablanca était à la fois un port commercial et une capitale pour les Chaouia. Elle était peuplée de 20.000 habitants, dont les ¾ étaient des musulmans recrutés presque exclusivement dans les tribus voisines. Les deux principaux centres, après Casablanca, étaient Dar Barchid, puis Settat, tous deux en ligne directe au sud de Casablanca, à 37 et 62 kilomètres. Les tribus les plus proches de la capitale étaient Mediouna, Ouled Ziane, Mdakra et Ouled Hriz. La population de Barchid s'évaluait à 2000 habitants environ. Les Chaouia qui habitaient les plaines les plus fertiles du Maroc constituaient, dans tout l'empire chérifien, les tribus les plus riches et les plus puissantes. Bien avant les événements motivant le débarquement français, les Chaouia vivaient dans l'anarchie. Mohamed ould Haj Hamou, dont le père était autrefois Gouverneur de Casablanca et Caid de la tribu Ouled Hriz, dirigeait la rébellion contre le Makhzen à Casablanca. Il avait également rassemblé autour de lui les rebelles de la Chaouia qui incendièrent la kasbah de Barchid et forcèrent le Caïd Mohamed ben Abdesslam Barchid à se réfugier à Fès.

Maroc-Berrechid-Dar-el-Hadj-Hamou

Dès la prise de ses fonctions, le général d'Amade décida de s'assurer le contrôle de l'ensemble de la Chaouïa vers Settat. Le 12 janvier 1908, il s'empara de Barchid, à l'appui d'une forte colonne assistée par les goums algériens préparés à l'engagement des combats et à la recherche des renseignements militaires. Les goumiers algériens, qui pouvaient rester éloignés de leurs familles durant plusieurs mois, n'avaient pas d'uniformes mais portaient, enroulée autour de leur coiffure, une pièce d'étoffe écarlate pour les distinguer des autochtones.

Aussitôt Berrechid conquise, un grand nombre de notables de la tribu ouled Hriz vinrent présenter au Général d'Amade leur intention pacifique au moyen de la taa' rguiba, et sans tarder, la cavalerie cerna la kasbah de ould Haj Hamou située à quatre kilomètres à l'ouest de Dar Barchid. Le meneur fut arrêté et transféré dans un silo à Casablanca.

Maroc-Berrechid-taarguiba

Le 1er novembre 1908, le général d'Amade créa les six premiers "goums mixtes marocains", dits plus tard de la Chaouïa, comprenant chacun cent cinquante goumiers à pied et cinquante à cheval. Le recrutement se faisait dans les tribus de la plaine littorale de la Chaouïa, notamment chez les ouled Hriz et les ouled Ziane. A l'appel du recrutement, les gens s'étaient présentés en nombre considérable, de telle façon qu'on n'avait sélectionné que les hommes forts et bien constitués. Ils étaient arrivés massivement grâce à l'appât d'une solde régulière payée et un uniforme qui flattait l'imagination. Les recrues furent rassemblées en famille dans des douars localisés à : Sidi-Ali (Azemmour, mais rattaché à Berrechid) ; Ouled-Saïd ; Settat ; Kasbah Ben Ahmed ; Dar Bou Azza (camp Boucheron) ; Ben Slimane (camp Boulhaut).

Les goumiers marocains avaient la préférence des officiers français, du point de vue du rôle qu'ils étaient appelés à jouer. Ils étaient très disciplinés, connaissant les lieux, la langue, les moeurs et l'âme du pays à l'opposé des goumiers algériens, jugés fanatiques et déserteurs. Ces derniers n'étaient utiles que pour donner l'exemple aux Marocains et leur montrer qu'il y' avait d'autres Arabes enrôlés dans l'armée française.

Au cours de l'année 1909, les goums de la Chaouia participèrent au quadrillage des tribus conquises et à la couverture des troupes d'occupation. D'une importance moyenne, leur corps étendra rapidement son emprise territoriale au-delà du périmètre de la Chaouia. Les premières opérations avaient lieu dès l'année suivante chez les Zaër, tribus à l'est de la Chaouïa, et au sud de Rabat. En juin 1910, les goums furent chargés de couper la route de Fez au cheikh Ma Elainin qui véhiculait l'étendard du Jihad. En mai 1911, ils concourirent à la marche sur Fez et à l'occupation de Mekhnès.

Le marquis de Segonzac qui accompagnait la colonne Moinier, dans sa marche jusqu'à Fès, décrivit le peloton des goums en ces termes : "Voici d'abord, dit il, nos goumiers marocains, ces étonnants contingents de la Chaouia, fantassins et cavaliers, qui n'ont pas encore une année d'instruction et qui ont déjà l'allure, la discipline, la fidélité de nos troupes algériennes. On reconnaît les cavaliers à leurs burnous bleus, les fantassins à leur uniforme kaki, à l'absence de sac, à leur paquetage en bandoulière. Ces loqueteux qui traînaient encore l'an passé leurs balleras sur les pistes chérifiennes, vont aujourd'hui, chaussés de bonnes chaussures, les jambes engainés de bandes molletières. Ils vont d'un long pas souple et bien rythmé, en fredonnant comme des vieux troupiers. Les goumiers marocains sont l'émerveillement, la révélation de cette campagne".

En 1912, alors que la signature du traité de protectorat de la France sur le Maroc déclencha la révolte des Marocains, les goums étaient engagés sur différents objectifs : Marrakech (août septembre 1912), Boujad et Damnât (novembre décembre 1912), Tadla (mars à juin 1913), jonction Maroc occidental et Maroc oriental (mai 1914), Khénifra (juin 1914). Au fur et à mesure de la conquête, les goums arabes de la plaine, moins bien adaptés au jbel, allaient être remplacés par des berbères issus des tribus montagnardes.

Plus tard, les goums allaient participer à la 2e Guerre mondiale au prix de pertes impressionnantes, soit 8018 engagés mis hors de combat, entre morts et handicapés. En août 1948, ils débarquèrent en Indochine où ils subirent de lourdes pertes au cours des combats (le 8ème tabor fut pratiquement anéanti). Ceux qui s'étaient faits prisonniers par le Viet Minh ont été envoyés dans des camps de redressement pour apprendre les principes du communisme et de la révolution armée.

Dans les années soixante-dix, quelques survivants du Viet Nam vinrent s'installer avec leurs familles au douar des Mokhaznia à Berrechid. On savait que le père était un ancien goumier d'origine hrizi, mais on appelait les enfants "les Chinois", à cause des ressemblances avec la mère asiatique.

Note du ouèbe-maistre :  Merci à Si Tahir Jillali qui nous offre ces trois photos. Remarque pour les collectionneurs pointilleux : je possède une carte identique à la première ("le partage du butin"), mais avec une légende différente ; je la publierai un de ces jours...

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Voici les sites qui parlent de Les goums : de Berrechid à l'Indochine :

Commentaires

je crois avoir lu un ouvrage dont j'oublie le titre il parlait de nos compatriotres engages dans l'arme francaise en l'indochine beaucoup d 'entre eux ont deserte a l'appel de abdelkriim khattabi vivant en egypte et qui etait en contact avec le leader de la revoltion vietnamienne ho chi minh.
les rescapes qui ont rejoints berrechid avec leur progeneture dans les annes 70 etaient en realite des deserteurs qui ont prefere vivre dans les villages plutot de combtattre pour une guerre perdu d 'avance , ils ont epouse des vietnamiennes et ont eu une rimambelle d 'enfants qui l'ont ramenes avec eux .
certains parmi eux s 'adonnait a la culture de pomme de terre douce btata lahlouwa comme il me l'as dit lui meme.la patate douce est cultivee deux fois par an en vietnam .
a berrechid ils ont été logées a douar mokhzania et nourris par dar ettalib pres du souk .

Une grande pensee pour mon pere qui a servi dans les goums durant la seconde guerre mondiale.
J'ai toujours une admiration pour ces hommes

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