Le Centenaire du débarquement franco-espagnol à Casablanca en 1907
Les Marocains ont été "dispensés" d'exprimer leur opinion, sur cette épineuse question du débarquement ou darbet lefrançess comme le disaient si bien nos anciens, d'autres auteurs-acteurs, tels que le Docteur Weisgerber, Houel, Terrier etc. ont eut la lourde tache de léguer pour la postérité "leur vision" des douloureux évènements de 1907.
Le fait pour nous, de reproduire des actes avérés qui ne font pas la une, contribue à consolider d'avantage, la compréhension des évènements en dehors des sentiers battus.
Cette évocation est le prélude aux textes qui traiteront du déroulement effectif des combats, ces combats qui ont eu pour théâtre, la périphérie de la ville de Casablanca, sa banlieue et les Chaouias jusqu'en 1909.
Lors du débat de ratification du traité de Fès (Acte de Protectorat) Jean Jaurès déclara :
"Et d'abord, lança-t-il en commençant, je vous demande de quel droit prenons-nous le Maroc ? Où sont nos titres ?
"On prétend que c'est pour rétablir l'ordre"…
"N'ajoutez pas, Messieurs, que c'est pour promouvoir la civilisation…"
"Il y a une civilisation marocaine capable de révolution et de progrès, civilisation antique et moderne…"
"C'est pour cela qu'au nom du droit bafoué, moqué mais qui est la grande réalité de demain nous protestons contre le principe même de ce traité de protectorat…"
Le Maroc, ne pouvait pas trouver un meilleur avocat, pour le défendre, ce pays qui participa aux manifestations internationales et notamment l'exposition du début du siècle à Paris… Qui entretient des relations diplomatiques, avec notamment les signataires de l'Acte d'Algésiras !
Dès la signature de l'Acte de Protectorat en 1912, suivi de l'exil du Sultan Moulay Abdelhafid, d'importants nouveaux contingents d'Européens venus d'Europe, de Tunisie et d'Algérie affluèrent vers Casablanca. En effet c'est dans une cohue indescriptible, que les premiers pionniers débarquèrent au port, sans interruption depuis 1907…
Voici en substance, un article, paru en 1912, qui en dit long sur l'état d'esprit qui régnait à l'époque :
"Casablanca… Activité fiévreuse, âpreté dans la lutte, épanouissement. La ville compte aujourd'hui, douze mille Européens ; elle en aura peut-être, selon le pronostic du général d'Amade, deux cent mille dans vingt ans. Et, heureusement pour nos intérêts, l'élément français tient vaillamment sa place. D'après les renseignements que nous avons recueillis, au printemps dernier, sur les feuilles de police du port, il est débarqué dans les quatre premiers mois 1912, 1.318 Européens dans cette ville. Dans ce nombre, on comptait : 1.009 Français ; 145 Espagnols ; 77 Italiens ; 21 Anglais ; 16 Allemands ; 50 divers.
Les Français prennent de l'influence dans le pays, beaucoup d'entre eux sont porteurs de capitaux importants, tandis que leurs rivaux les plus immédiats, les Espagnols et les Italiens, sont presque exclusivement représenté par des travailleurs manuels. Enfin, les indigènes, nos sujets algériens et tunisiens, ne sont pas comptés dans ces chiffres et viennent encore renforcer nos contingents".
Ces éléments sont à notre avis, suffisamment éloquent pour appréhender la situation des Marocains, réduits à faire de la figuration, devant des étrangers, qui ne reculent devant aucun obstacle pour accéder à la propriété de terrains agricoles ou urbains autour de la Médina, et au besoin, faire appel à des algériens et ou protégés pour se présenter devant les Adouls chargés de rédiger "les actes d'achat".
Les frères Mannesmann, un important groupe Allemand, ont acheté plusieurs centaines d'hectares en Chaouia, occupant ainsi le premier rang au Hit Parade des colons…
Voyons les statistiques des propriétés urbaines et rurales possédées par les européens en 1912.
Certaines parcelles faisant partie des biens Makhzen dits zeribas, régis par le dahir du Sultan Moulay Hassan 1er du 25 avril 1895, ont fait l'objet de tentatives d'acquisition infructueuses.
Franç |
Ang |
Esp |
All |
Ital. |
Total | |
Propriété Bâtie |
65 |
75 |
58 |
18 |
2 |
218 |
Propriété Lotissement |
489 |
80 |
9 |
46 |
- |
624 |
Propriété rurale |
53 |
8 |
12 |
8 |
5 |
86 |
Superficie Ha |
4.400 |
130 |
803 |
405 |
200 |
5938 |
C'est à partir de cette date, que des fortunes colossales ont été amassées, au détriment des propriétaires Marocains, et permettre à leurs détenteurs de construire des immeubles de style.
Les statistiques de la population Européenne de Casablanca allaient crescendo, les chiffres ci-dessous, se passent de tout commentaire :
- 5500 personnes, dont 2500 Français en 1909.
- 20000 personnes, dont 12000 Français en 1912.
Avec l'annonce de la Première guerre mondiale, le rythme des arrivées ne cessera pas d'augmenter pour atteindre des sommets impressionnants. La population Européenne atteindra le nombre de :
- 31000 Personnes, dont 15000 Français en 1914.
La nécessité de maintenir sous contrôle ces populations, obligea les autorités à mettre en place des structures d'accueil et un Commissariat chargé de l'émigration, qui tenait ses bureaux en Ancienne Médina, il avait pour mission d'assurer le suivi de l'installation des immigrés en fonction de leur qualification.
Chemin faisant, la Médina s'est transformée de fond en comble, les us et coutumes de nos braves bidaouis jadis respectés des anciens résidents européens, sont superbement ignorés par la "nouvelle génération" !
Comme il fallait s'y attendre, des incidents graves mettront aux prises les Marocains et les nouveaux venus. Les raisons ? Eh bien c'est la presse coloniale elle même, qui nous les livre :
Commençons par cette intervention, d'une personnalité métropolitaine de haut rang, au sujet de l'évolution des moeurs : "Un commerce dont la prospérité n'a rien de réjouissant est celui de l'alcool. La consommation de ce néfaste produit a passé, de 6.393 hectolitres, en 1909, à 15.958 hectolitres en 1912".
A ceux qui s'extasient sur la merveilleuse activité commerciale du port de Casablanca et son extension rapide, on doit conseiller de méditer cette déclaration d'un sénateur : "Je sais bien qu'on me demande d'admirer ce superbe effort de vitalité dont Casablanca nous donne le spectacle. Evidemment c'est là quelque chose de très beau, de très hardi, de très passionnant ; mais Messieurs, permettez-moi de vous le dire, je voudrais bien que cet admirable mouvement ne se traduit pas par 40 millions d'effets impayés dans les banques. Et je voudrais qu'on prit aussi toutes les précautions pour éviter demain, par la trouée de Taza, une semblable ruée d'appétits vers les villes de l'intérieur".
Sous le titre : les Ecumeurs du Maroc, le journal Le Temps du 13 novembre 1911, connu pour son agressivité envers les indigènes, joue les défenseurs du droit et de la légalité. Cette "feuille de choux" n'en finissait pas d'étonner plus d'un indigène : "Casablanca est devenue le refuge des nervis de Marseille, des souteneurs d'Oran et de tous les bandits des ports méditerranéens. La situation n'est pas sans inquiéter nombre de nos compatriotes. Le consulat réclame en vain depuis quatre ans un agent de la Sûreté.
La Mafia sicilienne a fait assassiner un marchand italien, à sept heures du soir, près du consulat de France. Quant aux indigènes, ils sont terrorisés ; la nuit tombée, on ne les voit plus dans les rues ; ils craignent d'être molestés et rançonnés".
Le 26 avril 1912, le même journal relève l'exaspération des Marocains : "Ces frères de la cote (malandrins espagnols, oranais, italiens…) arrivent en foule. Ils pullulent à Casablanca. Ils tiennent un vague cabaret, avec du mauvais alcool et quelques femmes dans l'arrière boutique. La consommation d'alcool grandit au Maroc avec notre pouvoir. Mais l'arrivée de ces gens sans aveu exaspère les indigènes. Notre premier acte de politique indigène doit, je le répète, et le répèterai sans cesse, être une loi sur les "indésirables" ; le second doit être une loi limitant les débits et prohibant l'importation d'alcool".
La Vigie Marocaine du 14 novembre 1912, quant à lui, termine en beauté, à le lire on dirait que la situation est le fait des indigènes : "Les ouvriers (européens) ne peuvent plus vivre dans un pays pareil, ou tout est hors de prix ; seuls quelques bars, tenus par des chanteuses, vague rebus des concerts de Casablanca, ouvrent de ci delà une terrasse borgne, ou les soldats sirotent leur apéro".
Telle est la situation à Casablanca. Les Autorités de la Résidence Générale, décidèrent de réagir. C'est ainsi que le Résident général de France, le Général Lyautey, adressa une courageuse circulaire, qui ne laisse subsister aucun doute sur la gravité de la situation.
Cette circulaire, adressée aux Commandants de Régions et aux Consuls, dénonce avec fermeté les violences et brutalités contre les indigènes.
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Note du ouèbe-maistre : Je remercie pour la photo Monsieur José Maria Morido, auquel j'adresse une nouvelle fois mes voeux de prompt rétablissement.




































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