Le Centenaire du débarquement franco-espagnol à Casablanca en 1907
En Août 1907, l'opinion publique internationale apprit avec stupeur l'incident qui a donné lieu au bombardement de Casablanca et de son occupation par la marine française et espagnole, après une farouche résistance qui laissera sur le terrain des centaines de morts et la "destruction" d'une ville prospère. Ce qui ne donna pas lieu à une crise internationale !
Les forces en présence :
- L'escadre, sous le commandement de l'Amiral Philibert, qui participa au bombardement de la ville entre les 5 et 7 Août, jour et nuit, était composée, du coté Français, des bâtiments suivants : Le Galilée, Du-Chayla, le Gueydon, le Jeanne d'Arc, le Condé, le Forbin, la Nive, le Vinh-Long, le Shamrock, dont quatre bâtiments pour le transport des troupes et deux bâtiments transformés en hôpital.
- La canonnière Espagnole l'Alvaro de Bazan, débarqua de son coté, un contingent de 600 marins, commandés par Olalla.
Ces navires de guerres sont dotés de canons de longue portée, qui touchèrent les hauteurs de la ville. Le Galilée fit usage de bombes incendiaires à la Mélinite. En plus des canons de 0,75, des mitrailleuses à tir rapide, des canons de 0,80 et de l'emploi d'un dirigeable.
En face de cette force, les résistants des Chaouia équipés de fusils du type Lemnebhi…
Le 1er août à huit heures du matin, le Galilée prend position devant la ville. Entre les 3 et 4 Août, il débarque un groupe de marins, déguisés en touristes avec des cantines contenant armes et munitions, qui portaient la mention denrées alimentaires. Ces armes serviront à la défense du Consulat de France, de la terrasse de cette dernière, les marins échangeront des signaux convenus d'avance (!) avec le Galilée, pour lui permettre de déclencher le bombardement des quartiers habités par les Marocains et l'enceinte du Sour Jdid.
L'une des voix les plus "écoutées" relate ci-dessous cet évènement, qui aura des répercussions à l'échelon national et déclenchera un mouvement de résistance qui ne prendra fin qu'en 1934 !
Auguste Terrier, Secrétaire Général du Comité de l'Afrique française, propagandiste annecien de l'Empire Colonial, futur Directeur Général de l'Office Chérifien des Phosphates et censeur du Crédit Foncier d'Algérie et de Tunisie (Maroc), auteur de l'œuvre de protectorat français au Maroc, signe en septembre 1907, un article intitulé : Nos Troupes Coloniales - Les combats de Casablanca :
"Si le drame de Casablanca a déconcerté l'Europe par son explosion soudaine, il n'a point surpris notre marine qui entretenait en permanence quelques bâtiments dans les eaux marocaines.
Le 30 juillet se produisait le massacre des malheureux ouvriers employés aux travaux du port ; dès le 1er août le croiseur Galilée mouillait devant la ville pour rassurer les Européens menacés par les Chaouia révoltés contre la civilisation et contre le Makhzen, et le jour même deux autres croiseurs prenaient la mer à Toulon pour aller à la rescousse. Précaution utile, qui a sauvé la vie aux Européens de Casablanca. Car le 4 août, l'agitation étant redevenue très vive parmi les Marocains campes près de la ville, le consulat de France, d'accord avec le représentant du sultan, demandait protection au Galilée.
Le lendemain matin, à cinq heures et demie, l'enseigne de vaisseau Ballante débarquait avec 50 hommes quand, arrivé à la porte de la Marine, il fut attaqué traîtreusement par des soldats marocains. Il s'ouvrit la route à coups de baïonnette et, en combattant, il arriva au consulat ou M. Nouille se préparait, avec les Français de la ville, à un siège en règle. M. Ballante (!) était blessé avec six de ses hommes. Pendant ce temps, averti par un signal convenu, le Galilée commençait à bombarder la ville et les environs. Et sa pluie d'obus bien dirigés n'empêchait pas les Chaouias d'investir le consulat. On débarqua encore des marins, ainsi que du Forbin et Du Cheylas, arrivés en rade juste pour ouvrir le feu. Quelques-uns allèrent prêter main-forte aux volontaires qui gardaient le consulat. Ceux-ci se montraient aussi braves que des soldats de métiers. L'un d'eux s'est particulièrement distingué, un artiste lyrique, nommé Mercier, qui se multipliait pour parer aux nécessités. A un moment, la drisse du pavillon flottant sur le consulat ayant été coupée par une balle, Mercier grimpa à la force des poignets jusqu'au sommet du mat et renoua la corde sous une pluie de balles sifflant autour de lui : il eut son fusil brisé et fut blessé au menton, mais le drapeau tenait bon. Pendant ce temps, les autres marins dégageaient le consulat d'Espagne et protégeaient le consulat d'Angleterre. Cependant, cette poignée de braves ne pouvait tenir longtemps contre ces hordes de brigands qui envahissaient sans cesse Casablanca, pillaient les quartiers commerçants et massacraient les malheureux Juifs, transformant en un charnier Casablanca dont les obus des croiseurs faisaient en même temps un monceau de ruines.
Heureusement, dès le 7 août, arrivaient le général Drude et les troupes du corps expéditionnaire. Mobilisation rapide, s'il fut ! C'est le 5 août que la France et l'Espagne se mettaient d'accord et décidaient leur coopération pour rétablir l'ordre et châtier les ennemis, et deux jours après nos troupes occupaient la ville. C'est que le chef choisi, valait les troupes désignées. Le général Drude mérite plus qu'un autre le beau nom d'Africain. Il a fait presque toute sa carrière en Algérie et a participé brillamment aux expéditions du Tonkin, du Dahomey et de Chine. Quant aux troupes, le gouvernement a fait choix de bataillons de la Légion étrangère, de tirailleurs algériens, de chasseurs d'Afrique et de spahis et, à ces troupes de combat, il a joint des sections d'artillerie accoutumées à la guerre algérienne. Le débarquement des troupes put se faire presque immédiatement, malgré les difficultés de la houle. Les barcasses chargés de légionnaires et de turcs rivalisaient de vitesse et c'est en chantant la Marseillaise que les légionnaires accostèrent ou plutôt atterrirent, car, à quelques mètres de la plage, ils sautèrent à l'eau pour arriver plus vite et pour se ranger immédiatement en position. En ordre, baïonnette au canon, et comme à l'exercice, ils pénétraient dans la ville et allaient délivrer les héroïques défenseurs du consulat.
Puis, turcs et légionnaires furent employés à pacifier la ville, parcourant les rues, arrêtant ou fusillant les pillards et commencent aussi la lugubre corvée de l'enlèvement des cadavres et de l'assainissement de la ville qui a laissé les pires souvenirs aux officiers et soldats du corps expéditionnaire. Une nouvelle période commençait. Le général Drude était maître de la ville et pouvait charger le commandant Mangin d'en organiser la police.
Mais cette première leçon ne suffisait point aux Marocains et ce fut dès lors une alerte continuelle de jour et de nuit. Le Marocain, l'Arabe, le musulman ne connaît qu'une tactique : la surprise, il surveille son adversaire jusqu'à ce qu'il le croit sans défense ou simplement sans défiance, et alors il se rue, hardiment, fanatiquement, follement. On le vit dès le 8 août ou le général Drude eut à repousser l'assaut de plusieurs milliers de cavaliers. L'affaire fut chaude, et l'attaque échoua surtout grâce au feu des croiseurs de l'amiral Philibert qui, de la rade, bombardaient les groupes ennemis.
Deux jours, après, nouveau combat violent. Les Marocains s'étaient avancés en se dissimulant et tout à coup surgissent en une charge à toute volée, lancés à fond de train comme à la fantasia, mais visant surtout les officiers. Des salves bien dirigées par les légionnaires et les obus des croiseurs brisèrent cet élan. Mais les groupes se reformaient et il fallut une charge à la baïonnette de trois compagnies pour le disperser.
Le 18 août, ce fut la journée de la cavalerie. Dès le matin, le capitaine Cod et 60 spahis envoyés en reconnaissance surprennent un millier de Marocains qui les chargent. Ceux-ci sont un instant arrêtés par les obus du croiseur Gloire. Les spahis mettent sabre au clair et foncent un contre cinquante sur les Marocains et les repoussent. Mais de nouveaux cavaliers arrivent de tous les cotés et le général envoie d'autres spahis à la rescousse. Bientôt l'action s'engage de toutes parts. Une pièce de 75 qu'on vient de débarquer à l'instant, y prend part. Les Marocains sont pris entre plusieurs feux, leur fureur se brise à cent mètres de la ligne de tir, les mitrailleuses les balaient, et l'assaut furieux est victorieusement repoussé.
Le 21 août, même attaque téméraire, même combat, mêmes résultats. Comment s'expliquer cette folle ténacité ? C'est que leurs chefs savent se servir de leur fanatisme. Ils ont tout simplement répété aux Chaouia ce que jadis Abdelkader disait à ses Algériens, ce que Rabah disait à ses Bornouans : "Les enfants d'Allah sont invulnérables aux balles des Français et il faudrait à ceux-ci des balles d'argent pour tuer leurs adversaires !" Et pour faire accroître cette légende, ils faisaient disparaître de nuit les cadavres des nombreux Marocains tués. Il fallut que nos troupes emportassent des cadavres d'hommes tués par nos balles et les exhiber dans Casablanca pour détruire cette croyance fanatique.
Quoi qu'il en soit, dès la fin août, le général Drude avait nettoyé les environs de Casablanca et s'était " donné de l'air ". Grâce aux renforts qui lui ont été envoyés. Il a pu passer de cette sage et glorieuse défensive à une offensive qui prouvera aux Marocains que la France sait porter haut et loin sa vengeance et son drapeau."



































Commentaires