Nous publions un nouvel article d'Osire Glacier, qui poursuit avec Rabiaa Taibi sa série de portraits des Marocaines engagées dans la lutte pour l'indépendance, commencée avec Touria Chaoui. Nous remercions l'auteur de sa participation fidèle à la vie de notre site.
La contribution de Rabiaa Taibi aux luttes nationales *
Osire GLACIER
Doctorante à l'Institut Islamique à l'Université McGill
Montréal, Canada
Comme les narratives historiques classiques tendent souvent à ignorer le rôle joué par les femmes dans le cours de l'Histoire, les brefs textes que nous présentons périodiquement dans ce site ont pour but de retracer les activités de certaines d'entre elles, et de restituer donc leur visibilité. Ce faisant, il est question de retracer ici la contribution de Rabiaa Taibi aux luttes anti-coloniales marocaines, mais aussi aux luttes palestiennes et algériennes.
En effet, Taibi est née à Oujda en 1931, grandissant ainsi sous le régime du protectorat français. De plus, comme ses beaux-frères étaient politiquement actifs, Taibi a été sensibilisée aux problématiques du colonialisme et du nationalisme dès son jeune âge. Ce faisant, dès l'âge de treize ans, Taibi assistait aux réunions secrètes des militants, et menait des missions importantes. Ainsi par exemple, elle était la messagère entre différents circuits de militants. Mais aussi, elle transportait courageusement les armes entre Casablanca, Oujda et l'Algérie. Rappelons au passage, qu'à l'époque, le grand Maghreb, tout comme le Monde arabe, étaient solidaires dans ses luttes contre la domination étrangère. Ceci dit, Taibi a elle-même participé à la lutte armée, en plaçant par exemple une bombe dans un cinéma de Casablanca fréquenté par les colonisateurs, ce qui a causé de nombreux morts.
Bien que Taibi se déguisait soit en haïk, soit en djellaba, et qu'elle portait différents prénoms pour dissimuler son identité, elle a fini par être arrêtée, et torturée. Réussissant à s'enfuir en Espagne, elle ne revint au Maroc qu'avec le retour de Mohamed V de son exil.
Toutefois, avec l'Indépendance, Taibi continua ses activités, à l'instar des autres femmes de la région qui étaient engagées dans les luttes anti-coloniales. En effet, comme elle travaillait dans un hôpital à Oujda, elle faisait des dons importants pour la cause palestinienne. Par ailleurs, elle travaillait avec des militants du Front National de la Libération de l'Algérie. Ce faisant, elle leur fournissait des armes, leur offrait refuge parmi les membres de sa famille, soignait les blessés d'entre eux dans l'hôpital où elle travaillait, et leur faisait même don de son sang au besoin.
Si les femmes semblent absentes dans l'Histoire, et par conséquent dans les manuels scolaires relatifs à l'Histoire, cela ne signifie pas qu'elles étaient absentes dans le cours de l'Histoire, mais plutôt qu'une vision patriarcale de l'Histoire tend à ignorer, ou au mieux à minimiser le rôle que ces dernières ont joué dans leur société et dans le monde. Par conséquent, c'est important de re-écrire l'Histoire, et de re-penser le monde, en adoptant une approche aussi incluse que possible.
* Nous devons ce texte aux recherches accomplies par Alison Baker, Voices of Resistance, Oral Histories of Moroccan Women (Albany: State University of New York Press, 1998, pp. 252-266).



































je vous félicite pour ce travail de recherche, et j'avoue qu'étant marocaine, je suis étonnée de lire ces lignes, parce que vous avez raison, on a omis de nous apprendre telles choses à l'école. étant femme, je ne suis plus étonnée, mais en colère,parce qu'on nous apprend en histoire des tas de choses insignifiantes à propos d'hommes insignifiants, mais rien sur des femmes de cette carrure, au lieu de nous mettre tout un chapitre sur Ataturk(que j'aime bien cela dit) j'aurais voulu connaître rabiaa taïbi. merci encore et continuez à nous surprendre.
Rédigé par : moony | 07 août 2007 à 01:02
je suis ezxtrêmement surprise par le peu de commentaires laissés ton billet ;)
Rédigé par : Papa | 01 juillet 2008 à 02:38
Le Haut Commissariat aux anciens résistants et membres de l'Armée de Libération publia en 2002 "La Femme Marocaine dans l'épopée de l'indépendance et l'unité" dans son premier Tome figure 151 femmes résistantes.
A propos de Rabiaa Taïbi, elle est titulaire de sa carte de résistante, participa à la résistance urbaine et au sein de l'Armés de Libération du Nord, Mohammed Boumehraz Dziri était son chef, les lieux de son action: Casablanca, Oujda Anguad.
Ses actions:
- En 1953, elle placa deux bombes l'une au cinéma Vox et la deuxième au Derb Tazi à Casablanca.
- Chargée de mission pour le transport des armes de Casablanca à Oujda.
- Préta son assistance à un résistant spécialiste des explosifs pou se rendre de Casablanca à Oujda.
- Arreté et torturée pendant trois jours, elle réussi à s'évader grace à l'intervention des résistants de la Région de Laayoun ( Région de Taourirt).
- Se refugia à Nador, pour participer dans les rangs de l'Armée de Libération, son domicile faisait office de depôt d'armes et de refuge des résistants.
N.B je précise que le cinéma Vox était frequenté par tous les Casablancais sans distinction aucune et non seulement par les "colons" , il se trouve que pendant les évènements entre aout 1953 et novembre 1955, les lieux dit de "distraction" ont été à juste titre désertés par les Marocains.
Rédigé par : Abdellah Naguib | 01 juillet 2008 à 14:28