L'Oum Errabï à Azemmour
Azemmour est une cité qui comptait une forte communauté juive jusqu'en 1960, habile aux travaux d'orfèvrerie et de broderie de style Renaissance italienne: les fameux motifs "aux dragons" (voir à cet égard la partie musée de notre site MarocAntics).
La ville était également réputée pour ses aloses, que des amateurs de tous les coins du pays venaient déguster ou acheter aux pêcheurs des bords de l'oued Oum Errabï ("la mère du printemps").
La commnauté juive est partie avec ses bijoux et ses broderies, et l' oued est aujourd'hui ensablé, les délicieuses aloses n'étant plus qu'un lointain souvenir. Un plan de relance touristique vient d'être lancé, prévoyant le dragage du fleuve et l'aménagement de zones d'investissements touristiques. Que Moulay Bouchaïb, saint patron de la ville, soit un efficace intercesseur pour la réussite de ce plan !


































La médina d'Azemmour a une histoire très ancienne, caractérisée par une succession de périodes de prospérité et de décadence:
Déjà à la fin du 8ème siècle, elle était sous la dynastie des Idrissides (1ère dynastie Arabo-musulmane) après avoir été sous l'influence directe des Berghouta de Tamesna qui sont des Kharijites qui menaçaient énormément le pouvoir central. Au 12ème siècle elle était sous le règne des Al Mouravides, où elle a connu un développement sans précédent, c'est à ce moment là qu'il y avait l'apparition du mouvement moraboutique (Zaouïas, Marabout) au Maroc. En 1120, elle est devenue l'enjeu entre les représentations de deux dynasties "Al Mowahades" et "les Mérinides". Ces derniers l'ont pris en 1266 date à laquelle la ville passait par une période la plus agitée. En 1513 , la ville a été occupée par les portugais. A cette époque, elle a connu une nouvelle extension: la Kasba . Et malgré l'apparition de la dynastie des Saadiens en 1541, elle est restée sous l'occupation portugais jusqu'à 1719. Entre 1719 et le début du 20ème siècle , on n'a pas parlé de cette ville. Au début du 20ème siècle sa population comptait 10 000 habitants qui travaillait essentiellement en agriculture, la pêche, l'artisanat et la commercialisation des produits locaux (Tisserands, forgerons potiers...)
Azemmour entre le passé et le présent
Un passé riche avec une économie prospère
Origine du nom AZAMA (= port naturel), ce port a été utilisé par la population de la région où les échanges se faisaient en troc avec les commerçants venus de l'Afrique noire, de l'Espagne et du Portugal. Ses fondements sont donc basés sur la fonction commerciale, ainsi au moyen âge était le lien relais des caravanes de commerce reliant le sud et le nord du pays. Les activités étaient diversifiées et le trafic était énorme: l'or, les produits agricoles, le lin. La ville comptait environ 5000 ménages (soit presque 25 000 habitants) contre 6000 à Meknes, 5000 à Taza, et 4000 à Safi.
Après la reconstruction du port la pêche devenait l'activité principale des habitants directement ou indirectement (par la fabrication des baraques etc). Puis il y avait le commerce et l'artisanat qui étaient organisés en corporation, chaque unité artisanale organisée de façon hiérarchique: le maître (maâllem) dirigeait les compagnons (Sanâa ) et les apprentis (Metâallem).
A la tête de la corporation il amin représentait le métier auprès des autres métiers, intervenant entre clients et producteurs pour assurer la quantité des produits
Rédigé par:Said Elazrak | le 18 août 2007 à 13:40
(suite)
Ainsi entre 1822 et 1859 les principaux métiers étaient organisés de la façon suivante:
Métier Nombre d'ateliers Nombre de compagnonset d'apprentis
1-Tisserands 40 500
2-Fileuses - 400
3-Cordonniers 60 250
4-Tanneurs - 300
5-Forgerons - 150
6-Potiers - 180
7-Menusier 60 250
L'approvisionnement en matières premières de chaque métier ainsi que la commercialisation des produits finis en cours , se faisaient par métier suivant des souks spécialisés.
La laine
Souliers (Belgha)
Bois
Souk EL Ghezel : Samedi et Mercredi
Souk EL Kharrazine
Samedi
Les Juifs d'Azemmour avaient la spécialité exclusive de certaines métiers : les bijoux, l'argent et la fabrication des ustensiles en fer blanc.
Un présent de déclin avec une perte de certaines activités
Rédigé par:Said Elazrak | le 19 août 2007 à 16:06
(suite)
En 1924 la construction du pont sur la rivière privait la médina d'être une station relais, d'où la disparition d'un certain nombre d'activités relative à la population hôte. En 1926 le relâchement du commerce a suscité le départ massif des juifs et de certaines familles musulmanes, la principale cause c'est l'émergence des deux pôles économiques très proche d'Azemmour: El Jadida et Casablanca. En 1932 la disparition des aloses en provenance de la rivière Oum Rabia à cause de l'établissement du barrage sidi Said Maâchou où la pêche est devenue désastreuse. Azemmour s'est résignée donc à son sort sans tirer aucun profit de son voisinage de la mer. Son tissu ancien na pas profité non plus des mesures conservatoires des autorités françaises après le protectorat 1956.
Les selliers ne travaillent plus depuis que le cheval a cédé la place à l'automobile.
La broderie, ou en faisait beaucoup dans les milieux juifs, ne se fait guère avec le départ des juifs.
Le tissage des Djellabas et de la fabrication des Belgha ne restent que le nom des rues qui rappellent l'existant Derrazine, Kherrazine.
La chute sur le plan économique qui s'est manifestée par un immobilisme des activités artisanales et par la suite une perte du charme traditionnel d'où une perte de centralité du tissu en question (concurrence par les produits industriels et la paupérisation de la population) et un déménagement vers des quartiers à l'extérieur de la médina (les tanneurs de Fès ont refusé de déménager malgré les avantages qu'on leur a offerts). En 1982 9% des locaux artisanaux et commerciaux étaient vacants, en 1994 21%.
Rédigé par:Said Elazrak | le 20 août 2007 à 18:23
Les Principaux Sites
Les quartiers du tissu ancien sont complètement entourés des remparts , de portes de bastions
A l'angle nord -ouest de la muraille se trouve Borj sidi Ouaâdoud
Le Mellah à l'intérieur des remparts avec une porte permettant le passage des juifs à la médina musulmane .
Borj Foundouk EL Henna , à coté du quel il y a une prison d'origine portugaise.
Le quartier des Zaouiyas.
Bab sidi EL Mokhfi .
Le saint My Bouchaib est considéré comme un grand Saint réputé par les miracles des ses merveilleux dons. A l'intérieur du mauselée il y a une mosquée.
Le saint Juif appelé Rebi Abraham Moulniss dont la réputation est très répandue dans les milieux juifs du Maroc et de l'étranger.
Bab EL Medina: La Kissaria près de la porte principale. Les rues où étaient installées les principales corporations d'artisans et de commerçants ceinturaient la Kissaria. Autour du Jamâa EL Kbir existait des commerces qu'est plutôt un prolongement du noyau organisé autour du Kissaria.
La structure de la médina d'Azemmour est déséquilibrée et peu variée dans la mesure où elle est constituée de petits locaux commerciaux mal organisés et en raison de la disparition d'un éventail de métiers et d'activités où les locaux restent abandonnés. Il s'agit essentiellement de l'artisanat autour duquel gravitait tout un ensemble de commerçants qui se chargeaient de son approvisionnement en matières premières ou de l'écoulement de ses productions sur les marchés . Malgré ce déséquilibre la médina d'Azemmour continue à abriter un nombre de personnes très important dans des conditions précaires, ce qui lui donne un caractère surpeuplé et lui affecte une fonction de cité dortoir.
Les Caractéristiques du Cadre Bâti
Le cadre bâti de cette cité remplit les trois fonctions suivantes: Habitat (= l'essentiel du bâti), les équipements socio-économiques, les monuments historiques.
Rédigé par:Said Elazrak | le 21 août 2007 à 15:55
Magnifiques ces resumés sur la vie des Juifs à Azemmour .
Dans les année 60/67 nous venions de Casa pour pelerinner le Saint Abraham Moul Niss(Abraham patron des miracles).J'avais 12 ans , quand j'ai vu une dame musulmane prier sur la tombe du saint.Je me souviens je suis resté figé ..Je voulais comprendre ce lien entre juifs et arabes a travers ce saint . Il m'a fallu des années poue comprendre ce culte des saints au Maroc et apprendre qu'il y avait environ 200 saints communs au Maroc .Jai eu l'honneur de connaitre le professeur ISSACHAR BEN AMI qui a écrit ce livre.
Rédigé par:SKIRA | le 03 mai 2008 à 23:23